mardi 13 décembre 2016

Nous y étions

Nous y étions.

La terre avait sans doute arrêté de tourner. Le soleil nous faisait face, en plein. Et ça durait. L'air était dense, sec, chaud. La sueur trempait nos vêtements et les collait à nos peaux. Nous avions longtemps marché. L'océan était encore à quelques centaines de mètres. Nous l'entendions. Les vagues échouaient sur le sable, crevaient dans les rochers.

Jean avait dit : "Voilà !" Un oiseau était passé, le bleu du ciel même pas dérangé. On avait levé les têtes, mis la main au dessus de nos yeux. Jean avait dit : "On y est".

Jean était le seul qui parlait encore. Les autres, nous soufflions. Le sable était lourd à nos pieds qui s'enfonçaient, raclaient, grinçaient.

Une dune encore, la plus haute. Une dune près du soleil. Une dune dans l'air pas dérangé.

Et puis nous installerions de l'ombre, avec des branches et une toile. Et puis nous refroidirions le sable d'une autre toile. Et puis nous nous jetterions dessous et dessus. Et puis nous laisserions tomber nos vêtements et la sueur couler, librement. Et puis l'un ira toucher l'eau. Et un autre. Encore. Et nous y resterions, nous y resterions autant, malgré les vagues fortes. Nous gonflerions nos peaux d'eau fraîche et, remplies, nous irions les abriter à nouveau. Alors, nous déballerions les dattes, les abricots, les figues et le lait de coco.

Dans la montée vers le sommet de la dune, haute sous le soleil, c'est ce à quoi nous pensions. Nous y étions, à toucher cela.