vendredi 25 mars 2016

Improvisation


On se figure souvent ressentir telle ou telle chose en fonction de tel événement.

L'amour en présence de nos enfants ou notre compagne (-on). Ou parfois la lassitude, ou l'énervement.
La joie à l'annonce d'un succès ; la tristesse à la survenue d'un malheur, d'une déception, d'une déconvenue.

On s'imagine assis dans un wagon, passager d'un train filant à toute allure, et les éléments survenant au devant de nous, un tunnel, un pont, un virage, une gare, surgissant bien qu'immobiles, s'imposant bien qu'extérieurs. Nous voilà dans le noir, au dessus du vide, ralenti, arrêté.
Nous avançons dans notre vie et des choses sont ici ou là, qui alors surviennent à propos et nous procurent telle ou telle sensation.
Ah, si nous avions pris l'autre voie au dernier aiguillage...

C'est faux, bien évidemment.

C'est nous qui sommes immobiles, poteau sur le bas côté, les pieds dans les cailloux, les rails nous frôlant à 1 mètre ; la vie, elle, est confortablement assise place 57 de la voiture 18, un livre dans les mains, rêveuse. Avec elle, tout.

Et c'est ainsi que passent la tristesse, et la joie, et la colère et les réussites ou les déceptions. Plein pot. Tout doucement. Réunies, et non isolées. Partout, et non à tel ou tel endroit. Et que nous en ressentons les souffles qui nous font trembler, nous giflent, nous bousculent, ou nous fauchent.

Que le poteau se corrode ou ait été repeint, que les cailloux se creusent d'un trou ou aient été ratissés, que les rails couinent ou se tordent, le train passe avec ses passagers.

Passe.
Et repasse.
Il n'y a aucun événement.

Il y a de l'énergie et du mouvement.

Dans ce chahut, cette tourmente, ces bousculades, continus et perpétuels, nous exprimons ce que nous avons capacité à exprimer. Nous crions, nous rigolons, nous nous impatientons, nous pensons à autre chose, nous nous inquiétons, nous sommes surpris. Nous croyons qu'il y a des raisons, un motif. Rien ! Tout est là : c'est le même train, toujours les mêmes passagers. Chaque instant.

Il faut regarder.

Au musicien, les cérémonies ne sont qu'un prétexte.
Il joue quoi qu'il en soit.
A lui de choisir sa note.