mercredi 31 décembre 2014

Nick

Ah, tu sais mon pote, la vie à la campagne, il n'y a que ça de vrai. Ce matin, on a abattu un arbre. Un vieux chêne, tout crevé de l'intérieur et dont les branches menaçaient de tomber. Tantôt, on ira déneiger le chemin qui mène à la ferme de la vieille Marie. La grande maison à droite quand on monte vers l'Escarpic. Tu vois ? On se couche tôt après avoir dîné devant le feu qui brûle presque toute la journée dans la cheminée. On dort à poings fermés. On se lève avant le jour. La nature s'offre à nous. Fini la vie de patachon, les soirées alcoolisées qui ne se terminent que le surlendemain, le boulot en sous-marin, écoutilles fermées, le brouillard et la nausée. On respire. J'ai retrouvé ma silhouette de jeune homme. L'effort physique conjugué à la concentration mentale ont poli mon corps et mon esprit. Je revis. On est entre nous, les gens du hameau, ouverts sur l'extérieur, accueillant à qui vient à passer. Il y a des bêtes. Chiens, chats et lapins. Moutons et âne. Et le décor : aujourd'hui ces collines blanchies et moelleuses, hier vertes ou jaunes, doucement réchauffées ou écrasées sous le soleil. Les arbres qui bruissent dans le vent. La terre, ocre, qui nourrit à peine son homme mais que tout le monde chérit et à laquelle on voue un culte presque magique. Il y a la lune et le soleil, il y a les étoiles dans ces nuits de ciel pur. Il suffit de se planter sur le pas de la porte pour sentir la magie du monde. Le sourire quitte rarement mes lèvres, la joie est dans mon corps. La vie, ici, est dure. Mais elle vaut ces efforts. Cette vie est notre vérité, à nous qui l'avons cherchée et trouvée. Ami, on t'attend. Viens y goûter.