jeudi 23 octobre 2014

Sur la route

Fait cette nuit un rêve en italien.

Artiste, j'étais interviewé par des correspondantes étrangères dont je ne me souviens plus si les langues parlées étaient l'allemand, l'anglais, l'hébreu ou l'espagnol. Toujours est-il que nous conversions en italien.

Et je me débrouillais plutôt pas mal, faisant de l'humour même, et suscitant l'admiration de mes interlocutrices.

Je me souviens que j'éprouvais un réel plaisir à cette conversation, assis dans ma chaise longue au marché des arts, où galeristes, critiques et collectionneurs venaient me claquer la bises, et elles là-bas dans le téléphone.

Le ciel était clair et l'air frisquet, à peine réchauffé par un soleil d'automne (ou de printemps, on peut les confondre parfois, seule notre horloge interne sachant si les jours raccourcissent ou s'allongent).

J'avais cette agréable conversation, où l'on m'encensait, quand quelqu'un est venu me dire à quel point il aimait mes oeuvres, et j'ai fait une faute d'accord. J'ai fait une faute d'accord dans mon italien jusque là parfait, dans ma conversation jusque là parfaite, dans mon monde jusque là parfait. Un adjectif que j'ai laissé au singulier alors que le pluriel s'imposait.

Une simple affaire d'adjectif et mon rêve a beugué (ou buggé, comme l'on veut, je suis prudent).

Je n'ai eu ensuite de cesse d'essayer de corriger cette erreur et me rappeler les bonnes règles de grammaire et j'y arrivais, e au feminin pluriel, mais je devais immanquablement recommencer.

Autant dire qu'il n'était plus question de se faire claquer la bise, de charmantes correspondantes et leurs voix chatoyantes, de chaise longue, de marché des arts, de ciel clair, pur et limpide, d'air frais et de rayons de soleil dans le jour inclinant ou déclinant, d'oeuvres et de gloire. Il n'y avait plus que ce e qui était resté a et pourquoi pas un o ou un i ou un autre mot !

On peut aspirer à la gloire, et en italien, les rêves restent bien fragiles, tributaires d'un détail, détail qu'on aurait peut-être pu maîtriser, qu'on aurait su maîtriser, mais voilà un monde inconnu et des forces occultes, et tout déraille.

Oh, déraille, pas tant que ça. Retour au mot, à la règle, à sa transgression et au souci de la précision. Mon presque quotidien et jusque dans l'inconscient. Qui travaille, c'est une bonne nouvelle, compagnon probablement le plus efficace pour la réalisation de ses aspirations. Lui donner du champ, la bride abattue sur l'encolure. Cramponner une selle qui n'existe pas.

Allez, hue !