vendredi 5 septembre 2014

Tout va bien, je suis crevé

Je suis sujet aux insomnies.
Elles ne me dérangent pas.
Je me réveille dans la nuit, après quelques heures d'un premier sommeil. Un bruit, un mouvement, un rêve auront suffi.
Je ne suis pas du genre à allumer la lumière, me lever, passer une robe de chambre, arpenter mon appartement de long en large, attraper un livre, avaler un verre d'eau. Encore moins fumer ou boire. Ni non plus observer la rue à travers un rideau écarté, regarder la télé ou m'installer devant un ordinateur.
Non, je ne bouge pas, je ne fais rien. Je fais encore plus rien que quand je dors. Je garde même les yeux fermés. Je ne pense pas et, si je pense, ça m'est égal. Je suis attentif. Alors s'ouvre devant moi un monde aux espaces sans fin.
Il s'étend du chat qui miaule dans la cour jusqu'au tic tac du réveil, de la petite démangeaison qui me titille au bras à l'odeur de la terre arrosée par la pluie. Il va de l'absence de tout jusqu'à son emplissement total par un rien. Il est large, long, profond et j'y suis non pas au centre mais partout, en chacune de ses parties qui m'alertent de leur moindre mouvement.
Là, je repose serein et tranquille, vague et détendu, alerte et réceptif, et au dehors passent les heures qui font vos nuits.
Qu'un jour un médecin, alerté par mon air fatigué, ma pâleur, mes cernes, mes vertiges et nausées, mes trous de mémoire et mes confusions, décide de se pencher sur mon cas et prenne en main de me remettre sur pieds en commençant bon sang de bois ! par me faire retrouver un sommeil de plomb et j'en serais navré.
Tout va bien, je suis crevé.