lundi 9 juin 2014

VP3


Il y avait là plusieurs milliers, dizaines de milliers, de photographies. Elles avaient été balancées en tas sur quelques mètres carrés de plancher. On pouvait se plonger dedans. On pouvait fouiller. On pouvait chercher et trouver. On pouvait chercher et ne rien trouver. On y passait du temps. (Ou très peu, selon qu'on était curieux ou pas, intéressé ou pas, chanceux ou pas, satisfait et rapidement comblé ou pas...). Je suis resté plus d'une heure. J'ai brassé, épluché, des dizaines ou des centaines de photographies, des photographies populaires, portraits, paysages, lieux de vie, anonymes pour moi, familiers pour leurs auteurs, mon regard se perdait, mon regard s'habituait, mon regard s'éduquait à voir, à chercher, voir et chercher ce qui m'intéressait, et je laissais avec plus de facilité, mon jugement était sûr, mon jugement était hésitant, mon jugement s'affirmait, et je rejetais sans aucun doute, et je retenais avec la même certitude, et si j'ai raté la photo d'un homme accolé au bastingage d'un paquebot, l'écume des flots brassés dans son sillage, c'est bien tout mon seul regret car des six photos que j'ai ramenées, pas une ne me déplaît. Certes, dans l'expérience pseudo à artistique qui se jouait là, selon le désir de son concepteur, j'ai laissé un peu de sous (car le salaud ne se mouchait ni du pied ni du coude, comme elle me l'a fait remarquer), mais de mon temps, je n'ai rien perdu. J'en ai même pris du bon.