samedi 14 septembre 2013

Une idée toute bête

Peut-être que pour dire une chose qu'au fond on ressent et qui voudrait être exprimée, il faudrait tout simplement ne pas la dire.
Peut-être que pour dire cette chose qu'on ressent si intensément qu'on éprouve l'envie et le besoin de la communiquer, cette chose qui nous éprouve jusqu'à nous faire en témoigner, il faudrait tout simplement ne pas la dire.
Pour lui garder toute sa valeur.
Pour préserver sa force.
A ce J'ai peur ; à ce J'aime ; à ce Je suis heureux ; à ce Me voilà très en colère ; à ce Je veux du bien ; à ce Je suis enthousiaste, j'ai très envie.
Mais un gars et une fille se tiendraient par la main, feraient des projets, habiter ensemble, donner naissance à un enfant, se sauver au bout du monde.
Un gars qu'on décrirait comme ça mais qui pourrait être tout le monde.
Une fille à qui l'on ferait connaître certaines difficultés mais qui seraient celles que rencontrent tout un chacun à un moment ou un autre.
Des mains qui auraient connus d'autres mains mais qui seraient comme neuves, et bavardes, et curieuses, l'une à l'autre.
On les ferait être et vivre et on dirait cela, rien que cela mais tout cela.
Et quelqu'un lirait cette histoire, qui ressentirait cette même chose au fond, quelle qu'elle soit, que l'auteur voulait exprimer et celle-ci serait passée de l'auteur au lecteur, toute silencieuse et très forte.
Et peut-être que le lecteur en fera don à un ou une de ses amis, ainsi de suite.
Et si c'est autre chose, pas grave : ce sera la soeur de la première chose - celle qui voulait s'exprimer chez le lecteur, celle qui lui fait peur, ou le pousse à aimer, à vouloir le bien, celle qui le remue, le met en colère et lui donne l'énergie d'agir.
C'est une idée toute bête mais tout l'objet de l'écriture (de l'oeuvre en général, de l'oeuvre comme travail).
Une idée toute bête mais pas facile à mettre en oeuvre.