samedi 28 septembre 2013

Un avion sous terre


C'était un bout de ferraille qui sortait de terre. Il était fiché dans la berge d'un bras de la rivière. A cet endroit, une sorte de parc aquatique avait été aménagé pour les barques. Des bateaux y étaient amarrés.

Enfant, je venais souvent jouer au bord de l'eau. A vélo, la maison n'était pas loin. Nous nous retrouvions avec les copains sur la vaste étendue d'herbe qui, de ce côté, bordait la rivière. De l'autre côté, il y avait des marais. A ce qu'il paraissait. Combien de parties de football endiablées, de courses poursuites à bicyclettes ou à pieds, de pétards allumés et explosés, de moment de repos aussi, allongés en grappe aux pieds des bouleaux ou sous les saules pleureurs.

Ce bout de ferraille, nous le pensions, était le reste apparent d'un avion. Un appareil à hélices, datant de la guerre forcément, qui se serait écrasé là, en bord de rivière, sa chute due à un problème mécanique, une erreur de pilotage ou un tir ennemi, et qui aurait été, qui sait comment, enseveli, recouvert de terre. Peut-être, était ce l'aileron de queue, ou bien un bout d'aile, qui dépassait ? Plate et large comme l'est une pièce de voilure, sa forme le laissait à penser. Une inscription y figurait. De grosses lettres bien dessinées, tracées à l'encre noire sur fond vert. Son immatriculation, probablement.

Qu'étaient devenus les aviateurs qui le pilotaient ? Etaient-ils eux mêmes restés dans le trou que la chute de leur appareil avait creusé ? Quelqu'un les avait-ils secourus alors qu'ils avaient été éjectés du cockpit ou bien brûlaient dans l'explosion consécutive au choc ? Sauvés, revenaient-ils parfois en pèlerinage sur les lieux où ils faillirent laisser la vie ? Les plus audacieux d'entre nous avaient des théories, des hypothèses, supputaient. Les moins curieux faisaient mine de savoir.

C'était un bout de ferraille qui sortait de terre.