samedi 28 septembre 2013

Les vieilles photos



Voilà ce qu'il advient des samedis pluvieux, un week-end qu'on passe dans la maison familiale. On arpente les greniers à la recherche d'on ne sait quoi, sinon tromper son ennui. On explore les armoires, on inspecte les buffets, on fouille les malles, entreposés là depuis qui sait quand. On mène une vraie perquisition, notre curiosité insatiable.

Et puis, on déniche quelques vieilles photographies. Grain grossier et teint jauni. Un homme à la mèche de côté, aux cheveux en bataille, ébouriffés par le vent, ou un main impatiente, aux rouflaquettes fournies comme c'était la mode autrefois, un caban en toile huilée jeté sur le dos, le regard droit, perçant, presque fouineur. Ici, il porte un chapeau de pluie. Là, il a chaussé de grosses lunettes à montures d'écailles. Il lit ou écrit. Peut-être, est-ce son écriture, fine et serrée, au dos des clichés ? A quelques endroits, l''encre a coulé. Souvenirs de périples, dédicaces, sentiments les meilleurs.

On m'a dit qu'il était un aïeul, du côté maternel. Marin au long cours, commandant d'un brick qui ne dédaignait pas jouer à l'explorateur sur les côtes où, avec son équipage, il accostait. Mort en mer, pris à revers par la bôme au cours d'une manoeuvre délicate, poussé à l'eau comme beaucoup et pas des moins expérimentés. Assommé ou noyé, ça change quoi ?

Depuis que j'ai ramené les clichés chez moi, le parquet craque comme le bois d'un navire. Je l'entends la nuit, c'est un bruit régulier, un grincement de coque dû à la houle, peut-être l'appartement glisse-t-il sur les vagues, gîtant d'un bord sur l'autre. Pour l'instant, personne ne s'est mis à chanter en hissant les voiles, ni à crier pendant les manoeuvres. Tant mieux, j'ai des voisins irascibles.