jeudi 5 septembre 2013

Instant (14)


Si reportage il y eut, et j'en doute, il ne fut publié que bien des mois plus tard et sous un nom d'emprunt.
Je la relus en effet, dans le journal auquel elle collaborait.
Ou plutôt, je lu l'article d'une journaliste qui portait son prénom et écrivait comme elle. Son style m'était familier et le texte reconnaissable.
J'appris par la suite qu'elle s'était mariée.
Les gentils poils blonds qui avaient frémis sous l'air doux d'un matin, un jour d'été, son bras nu passé à à la portière d'une vieille Ford brinquebalante, au pot d'échappement crevé, et qui, je ne sais pour quelle raison, m'avaient si souvent ému et dont aujourd'hui encore je garde à l'esprit une image nette et précise ( quoique peut-être, sans doute, sûrement plus modelée par mon esprit que conservée dans ma mémoire) avaient fait leur oeuvre auprès d'un autre, ou ce fut son regard clair si souvent, ou sa chevelure brune, ou son langage précis aux mots choisis, ou son courage et son honnêteté, ou la chance ou encore la crainte de la solitude.
Qu'en sais-je ?
De ce qui aux autres plait et les attire.
Chez elle, ou chez un(e) autre.
Et les réunit.
Il y a là du hasard, de la persévérance, de la volonté, de l'envie, du désir, de l'ouverture qu'il vaut mieux ne pas saisir mais dont on peut se réjouir de les voir faire leur oeuvre.
Après ma taille sévère et sans doute exagérée (j'avais de grands projets), mon arbre a repoussé.
N'importe comment.
Mais je le trouve très joli.

(Les connaisseurs auront reconnu un châtaignier - avec un magnifique chancre, et non un hêtre, sur la photo. Privilège de l'auteur que de raconter n'importe quoi. Mais enfin, du bois de châtaignier aussi on tire de bonnes bûches pour le feu, on fait de petites charpentes mais aussi des tonneaux, des paniers et même des castagnettes).