vendredi 30 août 2013

Instant (11)


 
 
 



Je n'avais pas mis longtemps à comprendre qu'elle se barrait pour de bon.
Elle avait fait un sac léger, deux - trois fringues, des culottes, des t-shirts, et avait claqué la portière de sa vieille Ford cabossée.
Elle partait en reportage, avait-elle annoncé.
Sans un regard.
Elle avait mis le contact, baissé sa vitre, passé la première et accoudé son bras nu, quelques gentils poils blonds frémissant sous l'air doux du matin.
Sans un regard, clair si souvent.
Sur le seuil de la maison, le doute m'était tombé dessus.
Elle se barrait pour de bon, ouais !
Rêvassais-je, à demi-assoupi, me balançant dans un hamac du bout d'un pied rappant le sol, par un chaud après-midi ensoleillé à peine rafraîchi de quelques déplacements d'air à travers la campagne.
Tournant les phrases, tâtant les mots, cherchant des lignes de fuite.
Je tenais une scène, peut-être un personnage mais aucune histoire, rien qui suive.
Sans doute, on verrait la Ford tourner au bout du chemin et disparaître à l'horizon.
La fille allumer une clope. Ou tourner le bouton de la radio. Froncer les sourcils. Se jeter un œil dans le rétroviseur intérieur. Passer une main dans ses cheveux ou essuyer un peu de rouge au coin de ses lèvres. Et...
Sans doute.
A mon oreille, vrrrrr... vrrrr... faisaient les roues d'un skate sur le béton.