jeudi 25 juillet 2013

Une idée de certaines choses - et encore

Quand on regarde deux personnes en couple, il est impossible de savoir pourquoi elles se sont appariées.
La beauté ne fait pas tout. L'intelligence non plus. Ni l'humour, ni l'argent ou le statut social. Peut-être le sexe mais ce n'est pas sur.
C'est ce qui concourt au mystère de l'amour (si tant est qu'il y a, mais supposons).
Pour autant, il a fallu trouver dans l'autre quelque chose qui résonne en soi, inconsciemment, quitte à se l'expliquer de façon raisonnée.
La question du moment, et de l'état d'esprit à cet instant, joue probablement un rôle crucial.
Je ne sais pas en déterminer les composantes et la portée.
L'effort de perception et de réflexion à l'heure où j'écris m'est trop difficile.
J'imagine que l'état affectif en ce qu'il ouvre aux émotions, qu'il permet l'attention, qu'il rend disponible à la perception, qu'il fait entrer l'image de l'autre dans ses propres conceptions, sans tension, sans jugements exagérés, sans refus donc, qu'ils les fait cohabiter, coller même, n'est pas sans importance.
Mais je suis bien sur que l'instant qui nous surprend nous fige de façon mnésique dans notre être. Mémoire à laquelle on se rapportera ensuite mentalement (inconsciemment), s'imprégnant de notre sentiment, celui-ci né tourné dans une direction.
Son intensité aura tout loisir d'augmenter dans les heures, les jours, les semaines suivantes, sur cette ligne tracée et nous envahir, corps et âme.
Puisque la porte est ouverte.
L'autorisation donnée.
Les forces engagées.
L'amour (si tant est qu'il y a, mais supposons) encouragé.
(Cette fixation évolue probablement, modifiée ou remplacée au fil du temps.
Devient caduque aussi, se perd, ce qui nous fait voir l'autre différemment).
De tout cela, en réalité, je ne sais rien vraiment (n'ayez jamais l'idée de prendre mes assertions au pied de la lettre, mes tentatives de théoriser au sérieux - je suis un imposteur. Si vous me voyiez à cet instant, vous n'auriez aucun doute : je suis affalé dans mon fauteuil, en short, mes pieds nus posés sur le rebord de la fenêtre, sirotant une bière, dictant ces mots à ma secrétaire, elle sérieuse et concentrée, appliquée - elle sourit, replace ses lunettes sur son nez, m'enjoint de reprendre le fil de ma démonstration et je m'y plie. Je bois une nouvelle gorgée, pose la bouteille sur une pile de livres, Agee, Bellow, Loti, Schwarzenbach, Padura, Oates et Kessel énumère-je rapidement rien que pour le plaisir de voir ses gentils doigts cavaler sur les touches du clavier, me lève et lance un disque. PJ, O'Rourke ou Belin ? On les a déjà tellement écoutés ! Burger, allez. Je fais quelques pas à travers la pièce, tombe sur une facture d'électricité à payer, tords la bouche, reprends ma marche, brève, me gratte la joue, poilue, inspecte une plante - crassula ovata, pas exigeante, facile à cultiver - posée sur une commode, peinte en bleu orage, double couche, et vernie. Je cale, je sèche. Où en étais-je ? Tu faisais quelques pas. Ah, oui ! Je fais quelques pas et dis) :
Mais : il n'y a donc pas tellement à s'interroger sur les raisons qui ont lié deux personnes mais constater la joliesse de ces appariements, quels qu'ils soient, leur intensité, leur contraste, les formes et les couleurs, leur intérêt, leur utilité ou leur nécessité, observer cela comme on regarde une photographie.
Peut-être.
On danse ?
Là-dessus ?
Pourquoi pas ?
Pas évident !
Mais si, regarde.