samedi 27 juillet 2013

Il vous observe



C'est un gars du Nebraska que j'ai rencontré à l'étranger, non pas aux États-Unis, son pays, mais en Argentine. Il s'y promenait, à la recherche de je ne sais quoi, le calme, la tranquillité, la paix, les gens, vrais et authentiques, il disait. Lui plutôt, je crois.

Nous avons passé quelques jours ensemble sur la route qui va de San Luis à Mendoza, dans la province de San Luis (c'est original). La route se poursuit à l'ouest vers Santiago du Chili à travers la cordillère des Andes. J'y allais, moi, là-bas. Lui a bifurqué vers San Juan, dans la province de San Juan (c'est original). Il comptait traverser les montages plus au nord, à des altitudes plus élevées, et virer vers l'Atacama, le désert au ciel pur. Je n'avais pas le temps de l'accompagner.

Mais ces quelques jours, cinq au total, que nous avons passés ensemble me furent très agréables. Les marches comme les arrêts comme les bivouacs. Il avait de la discussion et savait se taire. Il pouvait se montrer fin ou balourd. Discret ou direct. Sensible ou fermé. Son humour amusait. Il ne riait pas tellement comme on s'esclaffe mais tournait les choses à la dérision, lui en premier. Il marchait d'un bon pas, son sac porté haut sur le dos. Il sifflait, souvent. Il nageait dans les cours d'eau, savait pêcher avec trois fois rien et faisait frire le poisson. Il mangeait avec les doigts, se rasait rarement et ne se changeait pas souvent. Mais il ne manquait pas de remonter sa montre tous les soirs.

En définitive, je ne sais pas grand chose de lui. J'aurais même du mal à me souvenir nos discussions et ses propos. Je retiens un esprit, une présence, une voix et un regard. Un regard qui vous observe.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Je n'ai plus rien su de lui après la gare de Mendoza où il a bifurqué. Il m'avait laissé une adresse en poste restante, n'a jamais répondu. Me reste ce que j'écris ici, deux ou trois photos, celle-ci prise devant un feu, mal exposée, mal développée, mal tirée et mal conservée, et encore sa main qui me salue et sa bouche qui dit : "Mec, c'est tout comme ça : content de t'avoir connu. Je te les souhaite, le courage et la chance. Bon et bonne, pour tout ! Bye !" (c'est original).