jeudi 18 juillet 2013

Ernesto C.

Longtemps, j'ai marché de bonne heure.
Dans les rues, je courais les bancs et y sautais, tantôt pour m'y asseoir, tantôt pour m'y allonger.
Parfois, c'était une chaise abandonnée, un tas de cartons, des sacs, un tapis, une commode, qui appelaient mon séant.
J'avais plaisir à goûter la ville, dans ces dimensions-là qui ne sont pas des plus courues, sinon partagées par les pigeons et les clochards, seul en ces lieux.
J'y humais l'air, chargé d'embruns qui, à mon esprit, résonnaient de promesses.
Celle du repas d'après la promenade, sardines grillées, pommes frites, tomates juteuses et fromages salés.
Oui, dès le matin.
Celle de ma maîtresse, aux doigts fins, aux mains agiles, aux bras menus, à la silhouette élancée, mais les yeux grands, les cheveux longs, les lèvres charnues et le sourire et le regard et les mots, attentionnés, doux et éclatants.
Oui, à quelque heure du jour et de la nuit.
Celle d'une nouvelle journée qui se dessinait, vide, pleine, identique, originale, pérégrinations, siestes, rencontres et labeur sans doute, ou tout comme.
Oui, ainsi.
D'hier à aujourd'hui, et demain, je l'espère, encore.
Je ne me pose pas de questions.
Le temps m'est infini et ne s'arrêtera que quand il s'arrêtera.
Ce jour où sautant, glissant, chutant, molesté, percuté ou apoplectique.
Une veine éclatée, le sang écoulé, ma conscience fuite.
Sur un pavé qu'on lavera.
Ce que je ne me souhaite pas de sitôt car, demain, j'ai encore à marcher et aux premières heures.