samedi 27 juillet 2013

A quel point j'y crois

Ai-je déjà tapé ici que je conçois l'écriture comme une activité plutôt manuelle ?

Bien sûr, il faut réfléchir. Comme lorsqu'on construit un meuble, répare une lampe ou invente une machine, la brouette à moteur par exemple. Car ce n'est pas parce que l'on utilise des mots, les mêmes mots que ceux de la pensée, que l'écriture est une activité intellectuelle.

Dirait-on de la musique que c'est une activité intellectuelle ? De la sculpture et de la photographie ? Du cinéma ?

Pourquoi en serait-il autrement de l'écriture ?


Est-ce la matière triturée ou les processus extérieurs et intérieurs qui font qu'une activité se range dans la catégorie intellectuelle ou dans la catégorie manuelle ? (Pourquoi d'ailleurs les opposer ? Ne vont-elles pas main dans la main, tour à tour et ensemble ?).

Le résultat peut-être ? Mais je ne suis pas de ceux qui développent des thèses. Si je le fais - car je le fais (ici par exemple), c'est un prétexte. C'est la pluie pour mettre son nouveau manteau. C'est mettre son nouveau manteau pour sortir. C'est sortir pour prendre l'air. C'est prendre l'air pour voir les choses différemment (la pluie pour porter un regard neuf. Regarder). Je ne crois pas aux thèses. Je n'y crois pas plus que ça. Ou dans l'instant, je peux être convaincu, oui. Mais plus le lendemain. Et j'oublie. Puis je me souviens. Et ça passe. Je ne m'y arrête donc pas vraiment.
Ainsi : si je développe ici une thèse, ce n'est pas une thèse que je développe.

 
(Hier, j'ai croisé un Africain qui portait des chaussures en simili-cuir (peau et poils) à motif léopard. Y croyait-il, lui ? Et qu'est ce que ça pouvait, putain, vouloir dire ? Est-ce que les Danoises vont dans la rue avec les jambes entortillées dans des queues de poisson ? Mystère).


Quand j'écris, évidemment je réfléchis. Je pense ce que je vais écrire - même si c'est déjà bien là, prêt. Je discrimine. J'opère des choix à travers mes idées. Je pèse certains mots, je les sélectionne. C'est un travail intellectuel.


(Il avait une grosse pile de journaux sur les genoux. Des journaux de la veille et des jours d'avant. Dans un des articles, il était question de jardins exotiques à Roscoff. Est-ce qu'il comptait aller y foutre quelque chose là-bas ? Et quoi ? Ou bien ça l'intéressait tout simplement ? Ou c'était qu'il voulait tout lire et rien rater, pas la moindre ligne. Est-ce que les Danoises lisent leurs guides touristiques dans leur entièreté ? Mystère).

Mais ces mots, pour qu'ils vous soient intelligibles, je les tape sur le clavier de mon ordinateur (après les avoir griffonné sur les pages de mes cahiers). Et ces mots, pour les choisir, je les goûte. Et ces phrases, pour les construire, j'en soupèse la structure. Je les façonne comme on bâtit : je prends la matière adéquate et je dispose ; je déplace ; je démonte et remonte. J'allège. Je simplifie. J'épure. Tout cela, je le ressens physiquement, comme si je m'affairais sur des parpaings, de la brique, de l'acier, du bois. Poutres en métal, tuiles sur le toit.
Je me permets quelques expériences : long portant sans haubans. Ça ploie. Jeux de parois. Ça rythme. Petit dégagement sur le vide, ça tend. Passe-moi la truelle ! Allons prendre un verre, il fait chaud !

Est-ce qu'on dira que le menuisier, le maçon, le couvreur ou le charpentier font des métiers intellectuels ?(Peut-être aimeraient-ils qu'on leur reconnaisse ça ?).


(Il est sorti du métro en trombe. Wouf ! Une fusée. Ses chaussures léopards qui courent vite et sautent haut aux pieds. Sa pile de journaux des jours passés sous le bras. Mais pour aller où ? Pas à Roscoff en tout cas - c'était pas la bonne station. Est-ce que les Danoises sautent du wagon comme ça, sans se prendre les pieds dans la marche, avec leur queue de poisson et pas à la bonne station malgré leurs guides sérieux et complets ? Mystère).

L'écriture est une activité manuelle, physique même, mais une activité manuelle et physique même qui ne vaut pas la manipulation du béton pour transpirer et brûler des calories.

Une prochaine fois, je tenterai de vous expliquer en quoi je conçois la course à pieds comme une activité intellectuelle.

(Voyez à quel point j'y crois).