samedi 29 juin 2013

Tout risque mesuré

"Et ils partent faire le tour du monde !" dit-elle à son mari.



Et ils partent faire le tour du monde. Qu'est ce que c'est que cette idée ?



On fait le tour du monde depuis qu'il n'y a plus rien (ou presque) à découvrir, depuis que tous les chemins sont balisés, depuis que les risques sont éteints, les épreuves amoindries, depuis que les étrangers se sont habitués à voir des étrangers.



Est-ce qu'on dit : "Et ils partent faire une traversée de l'Amazonie !" (la forêt, les araignées, les coupeurs de têtes) ? Ou : "Et ils partent vivre, bergers au Moudjikistan !" (la steppe, le soleil, les loups, la gâle) ? Ou : "Et ils partent à l'assaut du Sahel, d'ouest en est, sans eau !" (les chameaux, le sable, la soif, les terroristes islamistes djihadistes trafiquants preneurs d'otages, le sable et la soif, les chameaux, brrrr) ?



Non : Doha, Singapour, Bali, Sydney, Auckland, Honolulu, Los Angeles, New York, Montréal.

Au pire : Moscou, Pékin, New Delhi, Santiago, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Mexico.



Avec les enfants.



On fait le tour du monde depuis que c'est devenu une bonne idée. Comme autrefois, descendre à La Napoule en automobile. "Et ils descendent en automobile à La Napoule !", disait-elle alors à son mari. Et le mari se tournait vers elle, surpris ou désabusé, "mince, quelle idée !".



Maintenant le tour du monde.



Demain, la Lune. Qui sait ?



Les temps changent.



Mais pour ce qui est de prendre des risques ou de faire des découvertes, je me demande si on partira jamais faire un tour de soi.