mardi 11 juin 2013

A quoi cela tient

Je regardais une femme et n'en pensais rien.
Ni émotion, ni sentiment, rien ne me venait.
Et je ne pensais rien de ce que je voyais.

Je me faisais la réflexion suivante :

Si je devais penser quelque chose de cette femme que je vois, assise là-bas, rapporter la scène, le tumulte alentours et elle le regard bas, de quoi s'agirait-il ?
Et si l'observateur était un autre que moi (ou si j'étais un autre observateur que celui que je suis, avec une autre vie et d'autres idées, une sensibilité différente), que dirait-il, lui ?

Pourrais-je écrire que cette femme perdue dans ses pensées (apparemment) se promène dans un champ de fleurs, s'adosse à un arbre, contemple des papillons ? Tire un feu d'artifice ? Court vers la mer ? Me plait terriblement ? S'en va, troublante, dans la nuit noire ? Tire sur sa clope, se prend pour je ne sais qui ?
Avec ce regard sombre et cette mine triste que je lui vois ? Seule assise, lasse ou recueillie, dans le brouhaha.

L'autre raconterait-il qu'elle s'imagine sur un tatami, brutalisant un adversaire, livrant un furieux combat, remportant une compétition acharnée, applaudie, saluée, embrassée et couronnée ? Inventerait-il même qu'elle le serait plutôt qu'elle n'en rêverait ? Et la sueur lui coulant du front, et le kimono défait et la démarche nerveuse ?
Avec cette frêle carrure et ces gestes hésitants qu'il ne manquerait pas d'observer mais qu'il mâtinerait de volonté, courage, ténacité, force et rapidité, avec cette immobilité qu'à ses yeux elle aurait forcément mais qu'il déguiserait de patience, de sérénité et de ruse (ou pas, s'il est tout autre que moi, et ne voit que le regard dur et la mine fermée, l'esprit occupé et le corps plié) ?

Ah, je ne sais pas ce qui pourrait se dire de ce moment-là, moi qui n'en pense rien.
Mais rien du tout.