lundi 24 juin 2013

A l'évidence

Je marchais dans la rue.
Je pensais à un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps mais dont je venais d'avoir des nouvelles.
Il avait fait aboutir un de ses projets anciens dans la restauration. Sur le moment, et pour des raisons indépendantes de sa volonté (puisqu'ainsi est l'expression consacrée), ça n'avait pas très bien marché. Il avait du fermer précocement dans la saison touristique et, malgré un travail acharné dans les périodes de moindre affluence, n'avait pu récupérer son manque à gagner. Il s'était épuisé. Mais voilà, il rebondissait avec un projet remanié, qui mêlait art et gastronomie, convivialité, partage et apprentissages, nourritures des corps et des esprits.
Il faisait preuve de beaucoup d'enthousiasme.
Passionné, tel que je le connaissais.
Sûr de son coup.
Et si ce n'était pas celui-là, ce serait le suivant.
Ou celui d'après.

Je me disais, bon sang ! voilà des gens qui savent ce qu'ils veulent. Qui en tirent force, courage, ténacité et satisfaction. Qui en récoltent les fruits, que ce soit la société rencontrée, l'argent brassé, les félicitations et encouragements reçus. L'appréciation de soi, la sensation du dynamisme, la soif de l'action. Même le repos mérité. Goûté dans toute son intensité. Quel bonheur ce doit être !

Mais l'évidence était là, je la sentais dans tous les pores de ma peau : il n'y a que ce qui se passe et la façon dont on le vit qui vaut, quelle que soit cette chose. Il n'y a rien à jalouser, personne à envier ; il n'y a pas une chose qui est faite à vouloir faire.

Il faut sentir en soi le désir émerger ; il faut requérir sa volonté, rassembler ses forces, faire travailler son imagination pour le concrétiser ; il faut jouer de ses talents, user de ses atouts, combattre ses défauts, surpasser ses faiblesses ; il faut mettre son intelligence au défi ; il faut user de ses propres mots pour le partager.
Il ne faut pas singer.
On peut puiser l'envie, les idées, les outils, les inventions à la source des autres. Il faut tout réarranger à la sienne. Il faut mélanger, malaxer, adapter. Il faut entrer en soi et cultiver, brasser, détonner.
Il faut se trouver dans toute son originalité, sans crainte. Il n'y a pas d'autre chose à faire qu'à être soi. Il n'y a qu'à être soi qu'on accède à la joie. C'est ce chemin même qui est joie.

Il faut rester ouvert, garder l'esprit accueillant : il se passe toujours quelque chose et c'est pour nous. C'est pour nous, là, maintenant, que ce soit bon ou néfaste, que ce soit attendu, espéré, fuit ou détesté. Ce quelque chose qui est là pour nous, personne d'autre ne peut le goûter. Personne d'autre ne peut y étalonner son désir, aiguiser son entendement, personne d'autre ne peut y user ses armes. Personne d'autre ne peut s'y fabriquer.

L'air est porteur du possible. Et nous, de créations. Esprit joueur.