samedi 18 mai 2013

Ambition

J'ai autrefois connu quelqu'un qui exerçait la profession de designer culinaire. Je ne suis jamais entré avec elle dans le détail de ce en quoi cela pouvait consister, nous parlions essentiellement de bandes dessinées. Elle a disparu.

Je me demande si l'on ne pourrait pas exercer la profession de designer littéraire.

Je ne vais pas entrer dans le détail de ce en quoi ça consisterait (peut-être qu'il faudrait créer des phrases belles pour se donner de la joie, des phrases justes pour se comprendre mieux, des phrases longues pour prendre patience, des phrases robustes pour trouver de la force, des phrases rapides pour lire vite, des phrases bancales pour se marrer un peu ou se retrouver nez à nez avec l'inattendu, des phrases au kilomètre pour les congrès d'oncologues ou les séminaires d'experts comptables, etc ? On les installerait dans le hall d'entrée, en évidence, pour faire joli et mettre de bonne humeur, ou rendre grave, insister sur la solennité du moment, elles seraient exposées dans les couloirs, signe d'un bon goût naturel et partagé, des esthètes ou avant-gardistes les prendraient en photos pour en conserver le souvenir - les noteraient au crayon papier sur leur petit moleskine - et les partageraient sur leurs blogs, des rétrospectives pourraient même être organisées à l'apogée de la carrière du Philippe Starck ou du Jean Nouvel du design littéraire, voire les notices du catalogue de La Redoute pourraient être exceptionnellement rédigées par celui-ci ou celui-là, annoncé en gros caractères sur la couverture) mais je crois que ça me plairait.

Ça serait peut-être un boulot qui ferait prétentieux (Arthur Branken, designer littéraire, Angers, Paris, Florence - et j'aurais les cheveux bien coupés et je porterais une cravate et j'aurais la voix assurée et une poignée de main ferme) mais je pense que j'aimerais l'exercer.

Je suis sûr qu'il y aurait plein de nanas dans ce milieu-là.