vendredi 15 février 2013

Quand j'avais perdu jusqu'à l'idée d'avoir un nom (4)

Je me suis rendu compte ce matin que je n'avais pas, hier, mis de thé dans le filtre de la théière.
Qu'elle soit culottée et exhale quoi qu'il arrive, dès qu'on y verse de l'eau, je veux bien le croire. On m'avait dit de ne pas trop la récurer, que la matière joue son rôle, apporte sa touche, participe à sa façon.
Mais que je ne me sois rendu compte de rien, à boire de l'eau chaude, me laisse pensif.
Et pourtant, c'est bien ça : il n'y a ce matin dans le filtre aucune feuille de rien, aucun zeste de rien, aucune pincée de rien, pas une trace. Seul le filtre dans ce qu'il reste d'eau non bue.

On se croit attentif au monde, observateur d'un petit pois qui reste ici esseulé sur la gazinière dans sa boite en plastique thermoformée, d'une mèche de cheveux qui court là sur des épaules fragiles passant à grands pas, d'un chiot tout mignon tout chaud qui tire sur sa laisse, jappant de fifille à mémère, de pensées éphémères qui trainent dans un ciel d'esprit embrumé où, quoiqu'on en dise, peine à souffler le vent du large, fort, rapide et puissant, on se croit propre à décrire, rapporter, témoigner, conseiller, ordonner même, on se croit et voilà, on oublie le thé.

Rien à faire, on ne vaudra jamais mieux que ça.