mercredi 9 janvier 2013

Épiphanie

Je la voyais de dos mais la regardais avec attention. Ses cheveux étaient noués en un haut chignon. Elle écrivait, sa main courait sur le papier.



Je savais qui elle était.

Je la connaissais mal pourtant.

Mais je la devinais.



Je la devinais comme je devine l'autre, me connaissant.



Je sais les perceptions qui apparaissent et disparaissent, s'impriment, je sais l'énergie qui circule, frétille et étend, je sais les idées qui fusent, s'entrecroisent, se contrarient ou se confortent, dessinent un paysage mental dans lequel on s'attarde, auquel on s'attache, qui enferme, où l'on se mure parfois.

Je sais les désirs, les élans, les fragilités, les contrariétés ; je sais les besoins et les manques ; je sais les envies de crier, je sais les envies de rire ou pleurer, je sais les envies de toucher et aimer, je sais les envies d'abandonner et se retirer.

Je sais la difficulté d'être, la difficulté d'être au monde, qui, comment et pourquoi.



Ses cheveux relevés, sa main sur la feuille et son dos que je regardais, l'humanité qu'en elle je devinais et qu'à travers elle je touchais, et s'élevait en moi un sentiment d'empathie et de bienveillance, d'affectueuse bienveillance, ouverture sur le monde et oubli de soi.



Sans doute, à ce moment-là, étais-je pleinement moi-même, conscient et inconscient, tout à la fois.