mardi 25 septembre 2012

Jamais seul

J'avais dîné d'une boite de conserve : petits pois extra-fins. Il m'avait toujours semblé que ces légumes accompagnaient le camembert à merveille. Ou l'inverse.

La boite était grande, il m'en était resté une belle quantité qu'à la fin du repas j'avais transvasée dans une autre boite, en plastique celle-là, à couvercle celle-là, parfaite pour réchauffer son contenu dans un micro-ondes celle-la, et celle-la, je l'avais laissée ouverte sur la table en attendant que son contenu encore chaud refroidisse.

Et j'avais fait autre chose.

J'avais fait autre chose jusqu'à oublier l'existence de ma boite en plastique de petits pois désormais refroidis mais toujours ouverte et laissée sur la table.

Et je m'étais couché.

Je m'étais couché et j'étais sur le point de sombrer dans le sommeil, évacuant une à une mes préoccupations de la journée, remisant de côté mes envies inassouvies, cherchant au loin de quoi peupler mes rêves de la nuit quand j'entendis qu'on m'appelait. On ne m'appelait pas, quelque chose attirait mon attention, secouait mon esprit. Je me levais d'un bond, passais dans la cuisine, fermais la boite en plastique de son couvercle et rangeais boite, couvercle et petits pois dans le réfrigérateur.

Dans la nuit qui s'annonçait noire et froide, sur mon grabat dur et étroit, un cri perçu de ma seule conscience et lancé par une communauté de petit pois, ou peut-être par un seul de cette société-là, et pourquoi pas le plus petit, le plus laid, le plus froid, me l'avait appris : jamais seul nous n'étions.