samedi 9 juin 2012

Que nous est-il permis ?

Nous avions dîné il était tard il faisait nuit je rentrais chez moi. Un type courait dans la rue. Il avait slalomé entre les cyclomoteurs garés le long du trottoir, traversé la route en quelques grandes enjambées et cherchait son souffle dans la foulée d'après. Il avait filé, vite.



Au croisement suivant, surgissait un homme au guidon d'un scooter. Il demandait : "Eh, monsieur, vous n'avez pas vu quelqu'un qui courait ?". Je faillis répondre : "Mais oui, bien sûr ! Il n'y a pas trente secondes. Il est parti par là". Et lui montrer la direction. Je ne sais quoi me retenait. Je ne dis rien. Peut-être l'autre type avait-il violé la soeur de celui-ci, tabassé sa mère ?! Lui avait pris une cigarette dans son paquet sans lui demander la permission ?! Était le gentil et l'autre le méchant ?! Que savais-je de leurs motifs aux uns et aux autres, à fuir et poursuivre. L'homme à scooter fut bientôt rattrapé par un troisième qui sauta à l'arrière du deux roues. Ils hésitèrent un instant et démarrèrent. Ils prenaient le mauvais chemin.



Monod citait le poète anglais Francis Thompson : "Qui cueille une fleur dérange une étoile".



J'espère qu'en ne parlant pas, parfois, je ne touche à rien. Mais je ne le sais pas.