mercredi 4 avril 2012

Note d'interception

Mon précédent texte est, de mon point de vue, à bien des égards remarquable en ce qu'il me révèle de façon éclatante comment mon esprit fonctionne et de quelles expériences et selon quelles associations naît et se nourrit mon inspiration.

Je cours. Je cours de façon suffisamment fréquente, à un rythme assez soutenu et si longtemps qu'il n'est pas rare que les ongles de mes orteils, brusqués, écrasés, malaxés, se colorent de sang. Par un concours de circonstances malheureuses, j'en ai perdu deux récemment qui m'ont laissé des plaies sanguinolentes et douloureuses. Je les traîne en boitant.

Je lis. Je viens de finir la lecture de "Faut-il manger les animaux ?" de Jonathan Safran Foer. L'ouvrage décrit, entre autre, les maltraitances infligées aux animaux par l'industrie de l'élevage et de l'abattage. Ne pas vouloir concourir à ces pratiques est évidemment une excellente raison de ne pas manger de viande. Ce n'est pas la mienne. Disons plutôt que ce n'est pas la seule mienne, même si elle en est une composante essentielle. Qui serait pour qu'on torture les animaux, même si ça le nourrit ? Non, diverses expériences et des propos de Théodore Monod sur le respect de la vie ont guidé ma réflexion : pourquoi faire naître si c'est pour tuer ? Que la vie s'achève dans son propre hasard, vieillesse, maladie, accident (et qu'on mange la viande de ces bêtes mortes), mais que la mort ne soit pas planifiée avant la naissance, voilà ma position. Les animaux ne sont pas des choses qui nous sont asservies. Leur vie (le souffle) est la même que la notre. Respectons ce qui nous anime.

J'ai des amis. L'un me disait aujourd'hui même : "Il n'écrit pas beaucoup ces derniers temps, Branken !".

Je suis fatigué. Je fais la sieste. Là, tout se mêle. Au réveil, s'écrit "Sage décision, je crois".

Au delà de la simple écriture d'un texte de fiction, je trouve amusant la simultanéité de certains événements : il n'est pas impossible que le souvenir de la douleur née de l'absence de ces ongles cassés et de la plaie par eux laissée soit l'élément qui toujours me rappelle à cette évidence que je ne veux pas manger de cette viande faite pour être mangée (et concourir au malheur de mes frères boeuf, porc ou poulet). L'écriture me vient en témoignage.