samedi 10 mars 2012

Les apparences

Pierre avait deux ans quand sa mère l'abandonna.

Il en a aujourd'hui trente-huit et elle n'est pas revenue.

De toute façon, il n'y a jamais cru.



Il ne sait rien d'elle.

Son père s'est toujours refusé à en parler.

Il en aurait dit du mal, peut-être.

Aurait exprimé des regrets, de l'amertume, sans doute.

Se serait montré triste, certainement.

Son père non plus n'y croyait pas.



Elle y croyait, elle, pourtant. Elle en était certaine même, qu'elle reviendrait. C'était juste un moment nécessaire, utile. Mais : elle s'est heurtée à leur incrédulité. Elle ne reviendra pas ! Elle ne reviendra plus ! Elle ne reviendra jamais ! Motif que la vie pour les complaire dans leur abandon s'est chargée de dessiner.



Ah, s'ils y avaient cru, elle aurait pu ne pas revenir. Ouais, elle ne serait pas revenue, et de son propre fait.