samedi 17 mars 2012

Charmes

C'est le train. Le train, c'est chouette. Le train, c'est des souvenirs d'enfance, quand on allait en vacances à Vladivostok. Ça, c'était du voyage. On partait un matin, on arrivait une semaine après. Et pendant cette semaine, on habitait un compartiment du train, on vivait dans le train. Bien sûr, il arrivait qu'on en sorte, qu'on le quitte même, pour aller d'une gare à une autre, à Paris, Berlin ou Moscou. Ou simplement pour se dégourdir les jambes, pour renouveler nos provisions. Qu'est ce qu'on a aimé ces longs voyages, chaque été répétés, des années durant, mes frères et soeurs et moi ! Et puis, après Vladivostok, ce furent Istanbul, Ankara et Tabriz ou Ispahan. Diable, on avait de la chance !



On avait d'autant plus de chance qu'au cours de tous ces voyages en train, si bien des fois nous passâmes des jours en compagnie de paysans ou d'ouvriers avinés, tantôt lyriques, tantôt véhéments, de vieilles, et moins vieilles, femmes édentées qui baragouinaient on ne comprenait quoi, un poulet dans leur sac, de jeunes intellectuels qui se prenaient pour des voyageurs au long cours, barbes hirsutes et cheveux gras, chemises débraillées et pantalons élimés, et combien d'autres encore personnages originaux, ou pas, mais pour nous, enfants, toujours extraordinaires, jamais, jamais, nous n'allâmes assis à côté d'un type occupé tout le trajet à engloutir des hamburgers dégoulinant de sauce, regarder "Kaamelott" sur le petit écran de sa tablette tactile et pouffer, pouffer, un bout de steak retombant dans sa serviette, une feuille de salade coincée entre les dents.