mercredi 8 février 2012

Sous-sol

Je ne sais pas d'où elle sortait. Elle avait le front barré d'une large entaille et la main égratignée. Du sang avait séché sur son poignet. Elle était monté dans le wagon et téléphonait, debout.

J'en ai vus des comme ça : à l'hôpital, sur un brancard, une jambe tordue, un pied écrasé, le bras en écharpe, une plaie à l'épaule, les côtes cassées, au téléphone.

Il paraît que dans certains civilisations - aux Amériques, on enterre les morts avec TOUS leurs appareils téléphoniques, objets nécessaires, assure-t-on, à leur passage dans l'au-delà et à leur "mort" dans cet autre monde, divin et invisible. Évidemment, le nombre et la qualité des téléphones en disent long sur le statut social et la réussite des défunts. Certains auraient même auprès d'eux une véritable armée reconstituée : Nokia, Apple, Samsung, Blackberry, HTC, autant de généraux renommés.

Des chercheurs auraient noté des interférences d'ondes particulièrement fortes, les 2 novembre et 14 février notamment, signes qu'un grand nombre de communications étaient tenues et de messages échangés, sans pour autant pouvoir en déterminer l'origine. "C'était comme si ça venait de l'espace, ou sortait du sol, c'était dans l'air", se serait étonné l'un deux.

Non. Moi, je crois que le téléphone est une coquetterie. C'est une alliance en quelque sorte, comme en ont les célibataires qui ne veulent pas être importunées. C'est un truc qu'on se met à l'oreille pour masquer, ou au contraire signifier - je n'ai pas réussi à le déterminer, toutes ces conversations, ces liens, qu'on entretient avec des correspondants mystérieux qui ne sont, avouons-le, rien d'autres que des voix dans notre propre tête.