lundi 6 février 2012

Sous le grand ciel (7)

Vous étiez aux prises avec la broussaille, dense, dans ces chemins où l'on vous avait appris à marcher, dans ces sentes où l'habitude sans cesse vous menait. Vous avez coupé, taillé, rompu. Peu à peu, vous vous êtes dégagé de l'emprise feuillue, ligneuse et piquante.

A mesure que vous avez avancé, la végétation s'est faite moins dense et votre circulation plus aisée. Bientôt, vous n'aviez plus qu'à trancher ici ou là, avec parcimonie mais, toujours, fermeté, et, souvent, vous pouviez aller librement d'un tronc à un autre. Il arrivait encore, parfois, qu'un de vos pieds bute contre une racine, se prenne dans une ronce. Vous aviez vite fait de l'enjamber et la dépasser.

Votre horizon se dégageait. Devant vous, l'espace s'ouvrait. Vous pouviez voir loin et large. Vous vous mouviez à vos souhaits, passant d'ici à là, courant, dévalant, ou, au besoin, vous arrêtiez et demeuriez un instant assis. Sans crainte désormais de voir la forêt se refermer sur vous et vous prendre dans ses rêts.

Ainsi de plus en plus libre. La peur vous avait quitté, seule la curiosité vous animait.

Vous éprouviez un certain contentement, doux et subtil, confiant à la vue de ce paysage, vaste et nu. Vous n'aviez nulle part besoin d'aller, vous vous sentiez partout chez vous. Mieux, vous compreniez cela.

C'est alors que l'arrière garde que vous aviez trimbalée partout, sur votre dos, mais sourd à ses jérémiades, espérant peut-être la semer en chemin mais surtout l'oublier, se rappela à votre souvenir, surgit devant vous et demanda :
- "Quand est-ce qu'on arrive ?"