vendredi 17 février 2012

Abstinence

Pour diverses raisons que je me garderai d'exposer, j'ai fait l'expérience étonnante suivante de me retrouver dans une pharmacie de mon quartier, devant un rayon de crèmes pour la peau. Démuni est le mot qui convient : toutes présentées dans des emballages aux formes et contenances identiques, incluses dans des gammes de prix similaires - à l'euro près, vendues avec les mêmes propriétés et pour les mêmes indications, qui sait constituées des mêmes composants et dans les mêmes proportions, un chouia de flotte en plus en moins, seuls le nom - encore que - et la couleur des paquets n'en faisaient pas qu'un seul et même produit mais une multitude, multitude d'individus reconnaissables mais indiscernables. La pharmacienne elle-même en avaient les bras ballants, incapable de dire en quoi, quoi ?! C'était le serpent qui se mord la queue, trop de, plus de. J'avais éprouvé le même sentiment peu de temps auparavant devant les confitures, au supermarché. Je me souviens encore de cette impression d'impuissance et d'abattement dans un salon du livre. Si je fouillais ma mémoire, j'en trouverais d'autres.

Dans ses extrémités - on y est, on les touche, la société de consommation se révèle absurde et inefficiente. L'action n'y a plus de sens, plus de valeur, est tuée dans l'oeuf. Que l'on y soit dépressif n'a sans doute rien d'étonnant.

Dût-elle en désquamer jusqu'à la fin de l'hiver (rude même dans l'été austral), ma peau se montrera plus forte, plus résistante, plus droite, d'une rectitude morale plus affirmée que les plans marketing, l'entente tacite et la bonne santé financière des industriels, qu'une organisation économique et sociale, qu'une forme de société, que la peur et la fuite en avant.

Plutôt la peau sèche que l'âme asservie !